Licence pro ASS&RHomelabLecture : 4 min

Cyber range : attaquer pour tester ce que voit le SIEM

Après avoir monté un SIEM, j'ai voulu savoir ce qu'il voit vraiment : dans mon homelab, j'ai attaqué une cible placée derrière un pare-feu FortiGate, une fois bruyamment, une fois discrètement.

Contexte
Homelab · cluster Proxmox, pare-feu FortiGate, SIEM Wazuh
Période
Mars 2026
Mon rôle
Conception du labo, attaque et analyse de la détection
Outils
Proxmox · FortiGate · Kali Linux · Nmap · Metasploit · Wazuh

En bref

Le problème

Un SIEM Wazuh venait d'être mis en place, sans savoir ce qu'il voit d'une vraie attaque, et la production ne peut pas servir de terrain d'essai.

Ce que j'ai fait

Dans mon homelab Proxmox, une cible vulnérable en DMZ derrière un FortiGate : un scan agressif des 65 535 ports, puis l'exploitation d'une faille Samba.

Le résultat

Le scan est détecté (règle 81619) ; l'exploitation jusqu'au compte root ne lève aucune alerte. Trois recommandations, dont une appliquée en production.

20+services exposés découverts sur la cible
rootprivilèges obtenus via CVE-2007-2447
1 sur 2attaques vues par le SIEM

Contexte

Je venais de mettre en place un SIEM Wazuh. Que détecte-t-il face à une vraie attaque, et que laisse-t-il passer ? Impossible de le vérifier en attaquant la production : j'ai monté un environnement isolé dans mon homelab, avec un pare-feu FortiGate entre l'attaquant et la cible, et les journaux du pare-feu envoyés au SIEM.

Deux objectifs, en sept jours : vérifier que la segmentation tient, et mesurer ce que la chaîne pare-feu → SIEM voit d'une attaque bruyante et d'une attaque discrète.

Schéma du cyber range : Internet, pare-feu FortiGate, VLAN 66 avec Kali Linux, VLAN 30 en DMZ avec Metasploitable 2
Fig. 1Laboratoire : l'attaquant (VLAN 66) et la cible (VLAN 30, DMZ) ne communiquent qu'à travers le FortiGate.

Ce que j'ai fait

  1. Monter le laboratoireMetasploitable 2, une machine volontairement vulnérable, dans un VLAN de DMZ sans accès à Internet ; Kali Linux dans un VLAN dédié à la sécurité. Une règle FortiGate autorise le VLAN de l'attaquant vers la DMZ, NAT désactivé pour garder l'adresse source réelle dans les journaux.
  2. Prévoir le retour arrièreUn instantané de chaque machine, mémoire comprise, avant toute exploitation.
  3. Attaque bruyanteUn premier scan Nmap révèle plus de vingt services exposés, puis un scan agressif balaie les 65 535 ports TCP.
  4. Attaque discrèteSamba 3.0.20, vulnérable à la CVE-2007-2447, exploité avec Metasploit. La DMZ n'a pas le droit d'ouvrir de connexion sortante : j'ai choisi une charge où l'attaquant se connecte à la cible (bind shell), ce que la règle du pare-feu autorise.
Voir les détails techniques

Services exposés : FTP, SSH, Telnet, HTTP, Samba, MySQL… La règle 81619 signale « plusieurs événements de fort trafic depuis la même source ».

Un reverse shell, où la cible rappelle l'attaquant, aurait été bloqué par le filtrage sortant de la DMZ. Le bind shell n'a rien contourné : la règle autorisait tout depuis le VLAN de l'attaquant, et c'était la charge compatible avec cette politique.

Résultat Nmap : plus de vingt services ouverts sur Metasploitable 2
Fig. 2Laboratoire : les services exposés par la cible.
Metasploit : session ouverte par bind shell, la commande whoami renvoie root
Fig. 3Laboratoire : exploitation de Samba, accès root.

L'incident

La cible refuse de démarrer

Problème

Metasploitable 2 est livrée pour VMware. Une fois importée dans Proxmox, elle s'arrêtait au démarrage sur une erreur initramfs.

Résolution

Import du disque dans le stockage LVM avec qm importdisk, puis passage du disque en IDE et de l'affichage en VGA standard, que son vieux noyau 2.6 sait gérer.

Résultats

Le scan agressif est détecté : le FortiGate enregistre le pic de trafic, le SIEM le corrèle et lève la règle 81619, classée en reconnaissance. L'exploitation, elle, donne un accès root et la lecture du fichier /etc/shadow, sans aucune alerte liée à l'attaque.

ScénarioCe que voit le pare-feuAlerte SIEM
Scan des 65 535 portsUn volume anormal depuis une source uniqueOui (règle 81619)
Exploitation SambaUn flux autorisé, contenu non inspectéAucune

Le pare-feu filtrait par adresse et par port, sans licence d'inspection applicative (IPS), et la cible n'avait pas d'agent Wazuh : rien ne pouvait signaler qu'un shell root venait de s'ouvrir.

Tableau des alertes Wazuh pendant l'exploitation : uniquement des événements FortiGate de niveau 4 sans rapport avec l'attaque
Fig. 4Laboratoire : pendant l'exploitation, le SIEM ne remonte rien de lié à l'attaque.

Trois recommandations, par ordre de mise en œuvre : activer l'IPS du pare-feu sur les flux vers la DMZ ; installer un agent Wazuh sur chaque serveur de DMZ ; durcir la cible (services hérités, correctifs, chiffrement). J'ai appliqué la deuxième quelques mois plus tard, en production : le serveur du portail B2B en DMZ a eu son agent Wazuh avant même sa mise en ligne.

Ce que j'améliorerais

  • Tester l'étanchéité de la DMZ : aujourd'hui, depuis le serveur compromis, je vérifierais qu'il ne peut atteindre ni le VLAN de l'attaquant ni celui du SIEM. Pour une DMZ, c'est le test qui compte le plus.
  • Classer les vulnérabilités dans un tableau avec leur score CVSS et leur priorité, comme le veut l'usage en test d'intrusion.

Compétences

  • Test d'intrusion en laboratoire
  • Nmap et Metasploit
  • Segmentation et filtrage FortiGate
  • Évaluation d'une chaîne de détection
  • Virtualisation Proxmox
  • Recommandations priorisées